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Je regardai l'étagère contenant l'objet de mes désirs. Étais-je assez grande pour m'y rendre ? Non, jamais, pas maintenant, du haut de mes trois pommes, peut-être que dans quelques années j'y arriverai sans souci. Mais c'est maintenant que je le veux. Avec sa couverture rouge, il n'était pas à sa place parmi ses comparses -eux de la même couleur que ma peau, si bien qu'il n'avait aucun mal à m'intriguer, à m'attirer vers lui.

Oui, je voulais ce livre.

Lire ce qui faisait de lui un mystère. Comme dans les dessins animés que je regarde le matin avec maman et papa, où un projecteur venu de nulle-part venait mettre l'emphase sur la clé qui permettrait de déverrouiller la serrure du coffre qui renfermait tous nos secrets, répondraient à toutes nos questions. Tu vois ce que je veux dire ? Eh bien, moi, mon projecteur, c'est une couleur.

Rapidement, j'emmenai le petit tabouret de ma chambre, repoussant ma poupée qui y était assise d'une main, dans celle de mes parents.

Ce qu'il était lourd !

Plusieurs fois, je l'échappai, causant un vacarme monstre. Je m'arrêtais quelques secondes avant de reprendre ma route. Non, il ne fallait pas que je me fasse attraper. À un moment donné, la drôle de boule de poils appelée "chat" s'était faufilée par l'entrebâillement de la porte de la salle de bain. J'avais paniqué, crû que quelqu'un venait de me trouver, là, en pleine mission, mais le miaulement du "chat" parvint à mes oreilles.

Je posai finalement le tabouret devant le mur qui tenait l'étagère et fixai désespérément celle-ci, tout en grimpant maladroitement sur ce qui me permettrait de gagner quelques centimètres. Je tendis les doigts, touchant presque à cette clé des secrets. Au même moment, des pas étouffés se firent entendre dans le couloir menant à cette pièce.


Maman : Circée !

Je répondit quelque chose dans mon langage bien à moi -un langage de bambin qui n'a toujours pas appris à parler correctement, avant de saisir le livre de mes deux mains et de retomber lourdement sur le sol. Je ne versai aucune larme. Oui, j'avais atrocement mal, mais je voulais savoir. Je me relevai bien vite, puis partit en courant vers le jardin. Étant immense, je pouvais me cacher n'importe où.

J'avais peur du noir et la nuit arrivait. Je me dit que la lune allait m'éclairer, de sa lumière surnaturel, tamisée par les nuages. Je fis un pas, deux, trois. Ça, je ne le voulais pas. Il le faut bien, tout de même, hein ? Là se trouvait le prix du savoir. Non ?

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Je me réfugiai dans la vieille grange, au fond du terrain. Une ampoule vacillante était ce qu'on pouvait qualifier de seule source d'éclairage. Devant la grande fenêtre, je tentais vainement de comprendre ces mots, de les assembler pour former des phrases cohérentes. Bien que je sache lire, je restais novice en la matière. Alors, ce livre... composé de mots que je n'avais jamais vu... j'aurai besoin d'aide.

Pour l'instant, j'aimerais bien échapper à celle qui crie mon nom sans arrêt.

Elle prit toute la nuit -nuit durant laquelle je décodai sans cesse- pour ne serait-ce avoir la pensée de chercher à un endroit que je trouvais sécurisé. Elle savait que j'avais peur du noir. Une phobie des plus courantes chez les enfants de mon âge.

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Et lorsqu'elle me vit, elle me prit dans ses bras sans me demander mon avis. Laissant le livre là, l'oubliant, voulant que je l'oublie, mais non, je ne l'oublierai pas. Le violet fait partie de notre vie, est notre vie, est nous -la dernière famille, à ce que j'ai compris, portant cette couleur.

Lui, il est rouge. Comme les fruits que j'adore manger, comme les fleurs qui poussent quand l'été décide de pointer le bout de son nez. Et comme le sang.

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Hier, j'ai débuté l'école... je dois t'avouer que j'ai eu -et ai toujours- affreusement peur. Le cœur qui battait à cent à l'heure, je me suis présenté devant le bus, maman m'observait derrière la fenêtre. Devant ce bloc jaune, roulant sur ses quatre roues, je me suis arrêté. Quelques larmes ont coulés, puis j'ai éclaté en sanglot. Ce que j'ai honte ! Les autres élèves se moquaient de moi... Cet épisode a vite fait le tour du petit établissement et pour simple résultat, on m'a bousculé toute la journée.

Aujourd'hui, j'y retourne, encore. Ce que j'ai hâte d'être grande pour que ça passe. Maman est venu m'embrasser doucement en me mettant mon sac sur le dos. Je n'ai pas pleuré, ni crié, ni eut honte sous les moqueries des autres. Non. Je lui ai fait un gros câlin avant de monter les quatre ou cinq marches et d'aller m'asseoir. Une demi-douzaine de pâtés de maisons plus loin, une fillette s'est assise à côté de moi. Sa peau était bleue, de même que ses cheveux et ses yeux. Une Blue. Les plus communs, je crois, avec les Green.

Enfin... malgré ça, je voyais qu'elle avait eut la même réaction que moi. Je l'ai rassuré, ce que j'aurais aimé qu'on fasse pour moi. Mais bon, la gentillesse n'est pas innée chez tout le monde.

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Je crois que maman n'apprécie pas mes cheveux courts et mes vêtements légers. Loin de mes longues robes de mon enfance et de ma pudeur maladive. J'ai grandi, hein. Et j'aime être accordée aux autres filles de mon âge. En plus, c'est l'été... limite on pourrait cuire comme des poulets rôtis sous le soleil éclatant. Mais là n'est pas le sujet... Le fait est que je devrais étudier, faire mes devoirs, tout ça, quoi... j'en ai pas très envie. La bibliothèque du lycée est d'un ennui... jamais, au grand jamais, je ne vois un quelconque être pousser cette porte. Peut-être les professeurs, mais encore là.

Bref.

Ça te dérange si je retourne à mon sommeil, sur ma feuille de maths que je dois rendre dans une demi-heure ? Non ? Chouette, merci.

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Tu te rappelles de la Blue de mon deuxième jour d'école ? Elle s'appelle Tessa... Tessa Blue. Un joli prénom, pour une jolie f... waaaah, faut vraiment que je dorme mes nuits, moi... hem... Non ! Ne te moque pas ! ... Oui, c'est vrai, je pourrais... mais ce n'est qu'hypocrisie et manipulation... Je devrais pas.

Tessa : Cici*, tu te lèves, oui ?

Je grommelle... pas envie... quand je dis qu'il faut que je dorme... Mais la madame en a décidé autrement. Elle m'entraîne à l'abri des potentiels regards -ou plutôt hypothétiques, ce que tu veux-. Je suis pas idiote, c'est pas pour me faire la morale. Non, du tout.


*Clin d'œil à Koabov ♥

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Et je l'ai fait. Oui, j'ai utilisé ce foutu don. C'était plus fort que moi. En cours, on passe notre temps à les écouter nous répéter que c'est mieux de les brider. Ça se voit qu'ils sont tout sauf puissants et qu'ils ne savent pas que le don commande, pas le contraire. Tout ça pour dire que ma mère va me tuer si elle perçoit l'essence de la magie... 

Mon don ? Tu n'as toujours pas compris ? Facile... si je décide que Tessa est amoureuse de moi, elle l'est... Aussi, elle a le même que moi, mais il est si faible... à peine une étincelle... elle ne doit même pas le sentir en elle.

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Une petite fille nous observe. Une Purple. Sa longue robe, ses cheveux dans le dos. C'est moi. Et c'est flippant. Parce que si ma conscience doit se matérialiser sous forme d'enfant... eh bah... ça va mal se finir...

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Comme je te le disais... à peine arrivée chez moi, on m'a tombé dessus. Enfin, là, je vais trop vite. Je suis rentré, ai poussé la porte, dis bonjour, posé mon sac à côté de mon lit, puis je suis sortit... Ah ! Mauvaise idée. Parce que mon père... est loin d'être un adorable agneau... Tu vois le genre ?

Papa : Je peux savoir ce qui t'a pris ? Et si tu t'étais fait prendre ?

Attend, c'est que la phase paranoïa extrême... On est pas sur Terre, ici... je te repose la même question que plus haut... Tu vois le genre ? Non ? Bon...

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L'important, là, c'est que je suis punie... ouais... mais des p'tits trucs qui, en s'accumulant, deviennent vite saoulant au possible. Genre... avoir l'air d'une fille. Ça m'énerve. À quoi ils servent, mes cheveux, sérieux ? Et mes vêtements ? Qu'est-ce que ça peut leur faire ? C'est pas comme si j'étais à moitié nue en cours... faut apprendre à vivre avec son temps, hein... notons que jamais je ne leur dirai ça.

En plus, j'ai plus le droit de voir Tessa...

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Je pouvais gambader, courir, marcher, me promener, rire sans craindre les parents. Je pouvais piquer un livre rouge sans plus de représailles qu'une mère qui me dit de ne plus jamais le refaire, lui expliquant que ce livre était mauvais. Mais ce livre existe bien pour une raison. Et moi je veux savoir.

Ça ne m'a pas quitté depuis que maman m'a pris dans ses bras pour m'emmener à l'intérieur.

Cette nuit-là, j'ai repoussé ma peur du noir. Cette nuit-là, ma curiosité est devenue plus forte.

Et je doute que ça parte un jour. Mais j'ai le temps, hein. À un certain âge, les Purple, les Blue, les Green, les Yellow... nous tous arrêtons de vieillir. En apparence, bien sûr. Je crois que c'est vingt-trois ans... je demanderai...

Mais on s'en fiche. Reste que j'ai le temps.

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Et s'il faut, je lui demanderai à elle, même si pour ça je dois partir sur Terre, tout quitter... et mourir tuée par le temps.

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Ce temps, qui, au final, n'est pas si infini. La seule chose qui n'aura pas le temps de se produire.. Je te dis souvent que je rêve de l'embrasser encore une fois, non ? Je le fais souvent... mais, je veux dire, sincèrement... autrement que manipulée par ce foutu don.

Encore un rêve idiot !

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Mais un rêve si délicieux...

Plus de quatre ans plus tard ! Je sais, je t'ai négligé, pardonne-moi ! Mais tu vois, y'a ce démon qui me court encore après... J'en ai marre, ma famille me manque, l'épuisement m'empêche d'avancer aussi rapidement que je le voudrais. Et je la sens, la mort qui s'en vient, qui me pend au bout du nez. La Faucheuse... j'ai pas spécialement envie de la voir avant l'heure, tu vois. 

Aaah... on dit que la curiosité est un vilain défaut... j'crois que j'aurais dû écouter ceux qui me disaient ça. Parce que ce livre, c'est le sien. Rouge comme le sang qu'il fait couler  depuis des millénaires.

Tu sais ce que je crois ?

Je crois qu'on ne se reverra plus. Je vais faire de mon mieux, il y a le temps de mon côté. Et puis, il y a elle, cette Nawel.

Le temps passe,
les aiguilles continuent leur course,
il nous file entre les doigts, écoule les moments comme l'eau le ferait,
libre comme l'air.
Quelques heures peut-être,
avant que tout soit terminé,
probablement moins.
Je me cache mais ça ne sert à rien.
Et si tout n'était pas obligé de se terminer ?
Et si j'arrivais à faire disparaître ce don ?

135

Me voilà sur Terre, à l'université, Mais faut que je me décroche un boulot. Je me pense sportive, un peu... juste un peu...J'ai un peu de mal à saisir tout ce qui est raconté dans ce bouqin incompréhensible. J'ai l'habitude de mon bon vieux latin. Parait que le français c'est mieux... Sérieusement ?

Nawel : Tu bosses déjà tes cours ?

Moi : Yep.

Il me semble que c'est évident...

136

Nawel : J'ai dis non.

T'es là que pour m'aider à être une véritable humaine, t'as pas ton mot à dire, c'est mon argent.

137

Je te néglige de plus en plus... C'est que, vois-tu, j'ai d'autres préocupations. Comme mon petit bout de chou qui devrait bientôt pointer le bout de son nez....

Cid : Coucou bébé. C'est papa.

Nawel : ... CID.

... et puis, il y a cette tarée hystérique qui gâche tout mon plaisir.

211

« Si un Lyen donne la vie à un enfant de par un humain totalement humain, sans aucune trace de magie, il ira en perdant de sa force. Un peu plus à chaque génération, que les prochaines aient été conçu par un autre Lyen ou non. Seul le démon peut leur redonner le pouvoir qu'ils ont perdu. »

« Et chose rare, chaque humain a sa manière d'être inhumain. »

« Après la renaissance de ce don, il ne peut plus être effacé, peu importe comment on s'y prend. »

M'enfin... c'est plutôt brouillon, mais y'a certaines informations que les prochaines générations apprécieront de connaître.

282

Et pendant que moi, j'écris, mon fils vole un baiser à sa demi-soeur... Cid... je l'aimais pas réellement, je crois que c'est le fait d'avoir eu des jumeaux qui me rend si émotive, lorsque je repense à lui. J'ai pas eu le choix, c'était le seul, le seul sans une seule poussière de don. Je regrette un peu, quand je vois Margot, qui elle, l'aimait. Ah, ça oui. Autant que moi j'aimais Tessa.

358

Première tragédie chez moi. C'est mon cadet le plus touché, même pas Margot, alors qu'elle était pourtant la mère de Lilas. Lilas... elle méritait pas ça, même si j'ai pas aimé le coup des enfants, des jumelles, ni de la demande en mariage (ce que tu en as raté, des choses). 

Stephen en rajoute toujours. Je sais pas ce qu'il a, depuis que la petite est apparue dans nos vies. Je me plais à croire que c'est seulement ce don qui le fait se sentir différent, qu'il devient amer... et que ça se calmera. Mais j'en sais rien, je discute jamais avec mes enfants, je le sais. Vois-tu, j'ai toujours eu affreusement peur d'être comme Danny, mon père. Ou comme Maëlle... ma mère, autrement dit. Et au final je le suis, j'ai tout foiré, dans leur éducation.

Mais t'es pas là pour m'écouter me plaindre...

Je disais donc.

Stephen en rajoute toujours. Et cette fois, Jack a répondu. Il aurait pu tuer son frère, mais il en avait rien à faire.

Ce dont je suis sûre, c'est que mon fils n'était pas là, ce jour-là. Le truc étrange, c'est qu'aucune de ses iris ne soit restée violette.

 The end
Si vous reconnaissez des images de la G1 et de la G2, c'est normal ~
... et puis, maintenant, vous en savez un peu plus... nan ? :3
Si y'a des trucs flous tout pleins, balancez vos questions.
D'ailleurs, z'aviez compris que c'était le journal de Circée (elle a fini par l'abandonner, m'voyez) ? xD
Pour moi c'est clair, mais c'est toujours plus clair pour l'auteur/e ^^"
***
Cette màj est plus courte que d'habitude (et un peu inutile).
Tout simplement parce que si j'avais continué, ce serait comme vous re-raconter le legacy, mais en narration.
J'ai sélectionné certains moments, importants ou non, bien décrits ou non, Circée a pas toujours un truc à dire (enfin, si, mais pas toujours beaucoup) c:
(Me suis pas relue, y'a sûrement des fautes, PARDON)

Nawel ♥